De prime abord cette série n'avait rien pour m'attirer : des sorcières assoiffées de sang, des spectres, des démons, des cimetieres, des sabbats sous la lune, toute la panoplie de l'épouvante gothique à bon marché, jusqu'au titre et aux avertissements de la 4e de couverture : "Attention ! Histoire à ne pas lire la nuit...".
Et d'ailleurs je l'ai longtemps laissée sur les étagères du rayon jeunesse des bibliothèques.
Que ce soit dans les films, les livres ou les fetes foraines, se faire peur pour se faire peur n'a jamais été ma tasse de thé.
Mais une fois entré dedans par curiosité et désoeuvrement un jour j'ai été séduit, et j'ai pu constater que je n'avais nullement peur, et pas seulement parce que je suis adulte, filsainé et fifille les lisent, et le soir y compris, sans ressentir d'angoisse.
Alors ça parle de quoi, ça se situe où ?
euh
en Angleterre, dans une sorte de moyen-âge vague et intemporel.
Et il y a de vraies sorcières, elles ont des pouvoirs puissants, mais certaines sorcières sont bienfaisantes, comme la mère de notre jeune héros, et contre les malfaisantes des hommes se lèvent, des savoirs et des méthodes existent, pour combattre le mal. Avec des chaines d'argent, des fosses, des cercueils, des batons. Ces hommes ce sont les épouvanteurs.
Leur métier est dur, mal reconnu, l'Eglise les juge souvent aussi mal que les ennemis qu'ils combattent et pourtant ce sont les seuls efficaces contre les progrès des forces obscures.
Certains sont quasi prédestinés à se lever pour la défense du bien, ce sont les septièmes fils de septièmes fils, tels notre héros, qui va devenir apprenti de l'épouvanteur du comté.
Sa vie sera mouvementée, menacée de nombreuses fois, et pas seulement sa vie, son âme également, il devra faire preuve d'un courage constant, de sagesse aussi. Il connaitra la peur, le froid, la douleur, l'amour.
Le combat contre le mal n'ayant jamais de fin, on peut imaginer que la série ne finira jamais...
Ses qualités ?
Une écriture soignée, élégante et sobre, dont bien des auteurs de littérature adulte devrait s'inspirer (et non je ne citerai pas de nom)
Des intrigues palpitantes, imprévisibles, un suspense qui tient en haleine tout le long des livres, des personnages subtils et profonds, un univers à moitié familier, à moitié étranger mais parfaitement logique.
Ses défauts ?
je ne vois pas. Pas d'humour certes, mais je trouve que ça n'irait pas, de toute façon, des traits d'humour dans ces romans-là, dont seuls le sérieux et l'intelligence avec lesquels ils sont construits les sauvent justement du ridicule que devraient avoir des histoires où des sorcières vous poursuivent avec des ciseaux. (entre autres)
jeudi, avril 17, 2008
Joseph Delaney : l'apprenti épouvanteur
lundi, avril 14, 2008
Eva Ibbotson : Reine du Fleuve
Un roman tendre et limpide dans la pure tradition des romans anglais qui opposent la rigidité et l'inhumanité d'une certaine éducation typiquement anglaise, aux élans du coeur et à la spontanéité d'enfants plein de vie, de tendresse et d'ouverture aux autres et au monde.
Ici une jeune orpheline à héritage échappe à une institution étouffante de l'Angleterre victorienne pour devenir la proie d'une famille malveillante et névrosée installée sur les bords de l'Amazone, et colons anglais jusqu'au bout des ongles dans tout ce que cela peut comporter d'étriqué, sournois et raciste.
Ce sont les indiens d'abord, puis une autre orphelin au grand coeur, métis, qui feront découvrir à l'héroïne un monde de chaleur et de couleur, d'aventures et de découvertes, et la sauveront d'une inexistence terne et triste, et des griffes mortelles de l'avidité.
mercredi, avril 02, 2008
Donna Leon : les enquêtes du commissaire Brunetti
Les 14 (environ) enquêtes vénitiennes de Guido Brunetti se lisent toutes avec plaisir et intéret, à la fois comme des des énigmes policières, comme des plongées dans la société italienne, et comme des visites touristiques de Venise hors des sentiers battus par les touristes.
Le personnage central des livres de Donna Leon, c'est Venise, ses rues labyrinthiques, ses palais pourrissants, sa lagune trainant des cadavres de temps en temps, son âme légèrement corrompue, sa langue, dialecte que ne comprennent que les Vénitiens de naissance.
On suit avec étonnement ou amusement les errements de l'enquête devant faire avec la corruption ou l'incompétence de tous les services de l'Etat, aromatisés de ses étranges rapports sociaux souterrains entre les Vénitiens, faits de clientélisme et d'échanges de bons procédés, on observe la fracture entre l'Italie du Nord et celle du Sud, on voit parfois les tentacules de la Mafia atteindre même l'orgueilleuse et antique cité des Doges.
On suit aussi le commissaire rentrant chez lui, dégustant des plats typiques pour lui et exotiques pour nous, partageant sa vie avec sa femme et ses enfants, et malgré l'éloignement là on se retrouve dans cette petite cellule familiale, de bon aloi mais pas trop idéalisée.
On découvre le petit monde du commissariat, avec son patron politicien et aristocrate jusqu'au bout de ses chaussures de luxe, ses secrétaires stupides ou hacker de génie, ses policiers cruels, ou bornés ou qui font plus qu'honneur à leur uniforme, jusqu'au sacrifice parfois.
Et puis on retrouve les mêmes vices , conduisant aux mêmes morts violentes, que dans le reste du monde.
samedi, février 09, 2008
les chroniques de Spiderwick, de Holly Black
Deux jumeaux et leur soeur ainée emménagent avec leur mère dans une vieille maison au coeur de la forêt.
Dans une pièce secrète ils vont découvrir un livre, ou plutot un guide des êtres merveilleux, habituellement invisibles, qui vivent dans la forêt, et même dans la maison.
Mais être capables de voir les gobelins, trolls et autres griffons ne sera pas sans danger.
Il leur faudra courage, intelligence, adresse et ruse habituelles des jeunes héros de child-fantasy pour se tirer de maints mauvais pas.
Délicatement et délicieusement illustrées par Tony DiTerlizzi, ces chroniques au parfum suranné et désuet semblent tout droit sorties des années cinquante, celles du monde de Narnia, et on a une surprise en découvrant les dates de parution au XXIe siècle.
Comme dans ces vieux romans le sang ne coule pas à flots, on prend le temps de flaner dans le monde de Faerie, et on ne nous en met pas plein la vue pendant 750 pages haletantes.
Au contraire on lit chaque bref tome sans se presser en une demie-heure, écrit gros et farci d'illustrations.
Mes enfants les ont lus aussi, mais plutot malgré ces caractéristiques, car ils préfèrent les sagas violentes et extraordinaires s'étirant sur des milliers de pages.
Cela dit, pour les lecteurs moins dévoreurs de pages, qui ont du mal à lire les Harry Potter à partir du 4e, c'est parfait.
J'ai appris depuis qu'un film allait sortir en avril. A première vue, cette fantasy-là, plutot gentillette, se prête mal à l'illustration à grands budgets, pleines de bruits et de fureurs, dont les versions filmées du Seigneur des Anneaux et des Harry Potter sont les archétypes du film pour ados à succés, sans cesse reproduit avec des histoires différentes, comme dans Eragon.
Mais quand on a pu constater que de Narnia, fantasy aussi métaphysique que lente, les majors avaient réussi quasiment à faire un autre Seigneur des Anneaux, on peut s'attendre à ce que les chroniques de Spiderwick deviennent elles aussi un film d'action et de suspense, avec débauches de créatures magiques et de combats. Alors que pratiquement les seuls combats dans les livres sont des légères escarmouches menées par la soeur ainée qui apprend l'escrime, et que les créatures magiques apparaissent au compte-gouttes, par groupes de quatre-cinq dans le meilleur des cas.
jeudi, février 07, 2008
le bal de Sceaux/ la Vendetta, de Balzac

Il aura fallu ces deux récits assez courts pour que je sache combien je suis conditionné à attendre et espérer une happy end; surtout pour les histoires d'amour.
Difficile d'exprimer ma surprise à la découverte de la fin du bal de Sceaux, une histoire d'amour qui avorte à peine commencée, par la sottise de la jeune femme Emilie de Fontenay.
(d'un autre côté des histoires d'amour avortées avant d'avoir commencé, par la faute d'une jeune femme, j'ai vu en vrai, donc pourquoi pas en livre ?)
Pour la vendetta l'effet de surprise, bien qu'émoussé, joua encore, une fin aussi sombre m'apparaissant complètement immorale (littérairement immorale ?)
Pourquoi un conte qui finit mal serait-il plus immoral qu'un qui finit bien ? C'est surement que pour commencer les histoires réelles ont toujours le mauvais gout d'être désespérantes. Alors pas envie de les retrouver en livres. Si la vie est dégueulasse, autant que les rêves soient heureux.
Balzac a écrit la vendetta avant le classique du genre, Colomba, mais après ou en même temps que le Matéo Falcone du même Mérimée qui mit la Corse au gout du jour littéraire.
samedi, février 02, 2008
Tik-Tok, de John Sladek
Joyeusement féroce, cette odyssée du robot déglingué Tik-Tok dans le but d'exterminer l'espèce humaine.
Et surement pas le livre de chevet de G.W. Bush.
Sous forme de retrocipation (deux lignes narratives s'entremèlent, l'une progressive, l'autre regressive) on suit les progrès de Tik-Tok dans la tuerie jouissive, et les épisodes de sa vie avant le grand changement dans le cours de son existence (son premier meurtre, celui d'une gosse aveugle et boueuse), chez ses maitres successifs, tous plus fous les uns que les autres, avec en particulier un juge à la retraite tueur de robots, l'abbé prédicateur missionnaire et escroc, l'américain moyen, le militaire, etc.
L'échec de Tik-Tok dans sa croisade est bien finalement bien attristant.
jeudi, janvier 31, 2008
Ellen Foster, de Kaye Gibbons
(lu et commenté pour moi-même il y a une douzaine d'années)
une drôle de jeune romancière, avec un visage lisse qui cache tellement de violence.
la petite fille au père ivrogne, bientôt orpheline, errant d'une maison à l'autre.
On croit bien connaître ce genre d'histoires et on s'aperçoit qu'il n'en est rien, que les clichés dissimulent une réalité jamais affadie, qu'on ne sait rien et que c'est à chaque fois différent et unique.
On s'aperçoit qu'on est naïf, qu'il faut à nouveau peu de choses pour être ému, pour être changé.
quelques mots sur des pages de papier blanc.
